Revue d’histoire moderne et contemporaine 2:2005

Analyse de réseaux et histoire, de Claire Lemercier

 Intro

  • On ne peut se satisfaire de noter l’existence d’un réseau; il faut le décortiquer, savoir s’il est hiérarchisé, s’il est « mouvant ou tenace »; savoir quand et si il est un atout ou un frein pour les individus.
  • Logiciels recommandés: Ucinet (le plus utilisé) et Pajek (plus complexe mais plus puissant).
  • Site recommandé: www.insna.org
  • « Le champ de recherche (de l’analyse de réseaux) le plus dynamique se situe du côté du politique, de l’étude de l’engagement et des réseaux d’organisations. »

Quelques notions utiles

  • L’analyse de réseaux doit s’accompagner de réflexions sur les notions de frontière et de hiérarchie, de centralité et de cohésion. Le social vit dans une analyse de réseaux.
  • Le quantitatif possède le mérite de proposer une comparabilité et de soumettre à la discussion les résultats obtenus.
  • « La représentation graphique n’est en rien, en elle-même, une méthode d’analyse ».
  • Plusieurs sortes:
    • analyse égocentrée (« si on s’intéresse de façon indépendante aux relations entourant des individus, sans relier ces individus-centres entre eux »).
      • « Elle permet de comparer le capital relationnel de plusieurs individus, suivant différentes dimensions: taille du réseau, composition en termes d’attributs »…  « Elle ne permet pas de tenir un discours global sur la structure relationnelle de la population observée, puisqu’elle s’en tient à observer une collection d’individus assortis chacun de leur réseau ».
    • analyse structurale (« si on dispose d’une information suffisamment exhaustive sur toute une population dont on étudie les liens internes de façon homogène »).
      • a lieu d’être si on connaît les relations entre chaque individu dans une population. « Deux stratégies sont possibles: s’intéresser à une population prédéfinie par un critère extérieur (…) ou bien partir d’un noyau d’individus proches et ajouter, pendant un certain nombre d’étapes, tous ceux à qui ils sont liés ».
      • On peut compter les liens de chacun, voir ceux qui sont intermédiaires, ceux qui sont dans une « niche », ceux qui sont « dominants ».

Réseaux et histoire sociale

  • « L’apparente évidence des arbres généalogiques est en effet trompeuse (…): doit-on considérer les relations au nième degré comme une composition de relations au premier degré? ». Les oncles/tantes de chaque côté familial n’ont pas le même rôle.

Des applications utilitaires de l’analyse de réseaux

  • L’analyse de réseaux peut dépasser le simple cadre individuel: elle est adaptée « aux raisonnements portant sur des flux: elle permet de mettre en évidence des goulets d’étranglement, des intermédiaires privilégiés, des périphéries délaissées ou des centres secondaires autonomes ».
  • Elle a aussi été utilisée pour vérifier la théorie centre/périphérie, pour « proposer une définition de la révolution chimique du XVIIIe comme changement de paradigme ».
  • Elle est aussi utile pour lire les interconnexions entre conseils d’administration.
  • « Pour éviter tout surinterprétation, il faut bien sûr réfléchir sur le sens de la co-présence (…) qui n’implique pas forcément d’interaction réelle, voire pas d’inter-connaissance ».

Individus et organisations en histoire politique

  • Dans un premier temps, l’analyse de réseaux a été utilisée pour comprendre des choix individuels, ce qui a pu engendrer une moindre prise en compte des pesanteurs collectives ou historiques.
  • « Des données sur les alliances matrimoniales et les liens économiques entre familles, soumises à une analyse d’équivalence structurale, montrent l’importance du rôle d’intermédiaires exclusifs des Médicis et du fait qu’ils cloisonnent leurs réseaux (…) L’article évoque aussi la construction de cette configuration particulière et s’interroge sur le degré auquel elle a été consciente de la part des Médicis ».
  • Elle peut permettre de penser les choix individuels autrement, à condition de ne pas oublier le caractère fluctuant d’un réseau.
  • Lors d’une mobilisation sociale, des individus vont être amenés à réagir avec une de leurs identités (femme/syndicaliste/retraitée/mère de famille/provinciale/etc.)
  • « Les acteurs jouent plusieurs jeux, chacun avec leur objectif (le profit, le pouvoir, de nombreux enfants…), ce qui peut rendre leurs actions imprévisibles. »
  • Les mouvements sociaux peuvent aussi être étudiés avec cette méthode (cf travaux de Christian Topalov)
  • « L’analyse de réseaux permet, sinon de trancher, du moins d’affiner les résultats, notamment en proposant des études de dynamiques, de hiérarchies et d’échanges et non pas simplement la délimitation rigide de frontières entre « mouvements ». »
  • On arrive à y distinguer de grands pôles (étatiques, universitaires, …) comme des individus intermédiaires.

Conclusion

  • « Prise comme un outil, l’analyse de réseaux ne conclut pas forcément que « tout est réseau » et peut même permettre d’invalider des tels a priori. Ce n’est pas non plus un outil miracle pour penser le lien social, du passé ou du présent, mais elle peut aider à conclure sur des hypothèses qui doivent être élaborées au préalable (…) simplement envisagée de façon nouvelle ».

Claire LEMERCIER, Analyse de réseaux et histoire, Revue d’histoire moderne et contemporaine, 52-2, avril-juin 2005, p. 88-112.

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