Poincaré et Génestal

Le Havre et Rouen depuis le XIXe siècle: une esquisse d’histoire politique comparée, chapitre 8: 1904-1014 au Havre, Théodore Maillart et Henry Génestal

Frise : Les maires du Havre et de Rouen depuis 1800.

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Chronologie comparée des maires du Havre, de Rouen et des régimes politiques nationaux de 1800 à 2012. Droits réservés.

Derrière les noms gravés dans le marbre…

Théodore Maillart, Maire du Havre de 1904 à 1908

Adrien Pierre Théodore Maillart naît le 2 juillet 1859 au Havre, où son père est tôlier-fumiste et sa mère « repasseuse ». L’entreprise de son père fonctionne très correctement. Théodore prend la relève.

En 1892, il est élu pour la première fois au conseil municipal, sous le mandat de Louis Brindeau. Réélu en 1896, il devient 4e adjoint au Maire, Théodule Marais. En 1900, il est réélu et nommé deuxième adjoint. En 1904, avec douze ans d’expérience politique municipale, son heure est venue.

Dans La Croix, le 17 mai 1904, l’annonce de son élection est suivie d’un commentaire.

« Au Havre sont élus : Maire M. Maillart ; adjoints, MM. Cherfils, Dubus, Malandain, Chou, Godet, Leblond, tous progressistes antiministériels. A la sortie de l’Hôtel de Ville, la foule a acclamé le nouveau maire. »

Idem, dans le Journal de Rouen du 16 mai 1904.

« La nomination de M. Maillart a été chaudement acclamée. Le nouveau maire ayant pris la présidence et après avoir adressé ses remerciements aux membres du Conseil, a fait procéder à l’élection de ses adjoints, qui obtiennent tous le même nombre de voix que celui obtenu par M. Maillart. (…) Un tonnerre d’applaudissements accueille la nomination de la nouvelle municipalité antiministérielle. A sa sortie de l’Hôtel de Ville, une chaleureuse manifestation a été faite au nouveau maire par le public, qui était massé devant et dans la cour de la mairie. »

Quelle est donc la situation politique nationale ? Comment se fait-il qu’elle semble avoir tant d’importance par rapport à cette élection locale ?

Nous avons déjà parlé de la cristallisation des tensions politiques autour de l’Affaire Dreyfus. Les 27 avril et 11 mai 1902, les élections législatives ont porté à la Chambre des députés une majorité radicale, de gauche. Le Président du Conseil, Emile Combes, peut s’appuyer sur «le Bloc des gauches», composé des radicaux, des radicaux-socialistes, des socialistes (dirigés par Jaurès) et, plus au centre, d’un groupe plus hétéroclite d’une centaine de républicains de gauche. Combes se montre anticlérical : il mène la politique qui amènera à la séparation des Eglises et de l’Etat, l’apparition de l’école laïque, la dissolution de nombreuses congrégations religieuses… Puisqu’elle est particulièrement « clivante », cette politique nécessite que chaque candidat se positionne.

Président du Conseil, Emile Combes est aussi Ministre de l’Intérieur et des Cultes. Autant dire qu’il incarne à lui seul ce qu’un quotidien catholique comme « La Croix » peut détester.  Chaque victoire d’un candidat « antiministériel » est donc, en creux, une raison de se réjouir. Quant au terme de « progressiste », il désigne un courant qui se situe dans le républicanisme, à la gauche des catholiques, mais à la droite du Bloc des Gauches.

A Rouen, ces tensions prennent vie à travers les conflits incessants entre les deux grands journaux : le Journal de Rouen d’une part, la Dépêche d’autre part (appartenant à Marcel Cartier, ancien maire de Rouen). Au Havre, c’est dans le conflit entre la liste de Marais et de Maillart que se reflètent ces tensions.

Revenons en néanmoins au Havre et à Théodore Maillart, en 1904. A peine est-il élu qu’il doit faire face à une grève des ouvriers-camionneurs, qui réagissent à une concurrence de charretiers, moins payés. Depuis plusieurs semaines, une grève au port de Marseille affectait aussi le port du Havre ; le nouveau maire marche donc sur des oeufs. Maillart reçoit le Préfet de Seine-Inférieure, les entrepreneurs et les délégués. Son mandat s’annonce compliqué.

Nous sommes à présent au mois de juillet 1905. Un parfum d’Armada flotte dans les rues du Havre, à l’occasion de la grande semaine maritime.

Le Figaro du 27 juillet raconte:

Les fêtes de la grande semaine maritime ont commencé hier au Havre, comme nous l’avons indiqué.

L’escadre du Nord est arrivée sur la rade dans la matinée et a mouillé vis-à-vis de l’ouverture du port. Elle comprend les cuirassés Masséna, Jauréguiberry, Carnot; les garde-côtes cuirassés Bouvines, Amiral-Tréhouart, Henri-IV (…)

A 2 heures, est arrivé sur la rade un contre-torpilleur anglais ayant à son bord un officier de la marine royale britannique venu pour saluer l’amiral Caillard. Le contre-torpilleur a salué le commandant de l’escadre d’une salve de coups de canon, à laquelle le Masséna a répondu coup pour coup.

A l’occasion de la grande semaine maritime, la ville du Havre a pavoisé partout; l’hôtel de ville est décoré d’étamine et la rue de Paris est transformée en voie triomphale. De l’hôtel de ville à la jetée, des mâts vénitiens soutiennent des guirlandes de feuillage traversant la rue en arcs de triomphe et portant des ballons multicolores en celluloïd qui, ce soir et les soirs suivants seront illuminés. (…)

Ce soir, à six heures et demi, M. Maillart, maire du Havre, a reçu à l’hôtel de ville les membres du Comité de la Ligue maritime française et du Comité de la grande semaine. (…)

En un discours d’une belle tenue, M. Maillart a souhaité la bienvenue à l’amiral Gervais et a remercié la Ligue maritime française d’avoir choisi Le Havre pour donner ces fêtes navales qui sont en honneur chez nos voisins et auxquelles les souverains des pays où elles ont lieu se font un devoir d’assister.

L’amiral Gervais a répondu et son bref discours, d’une haute élévation d’idées, fut très applaudi. Il exposa les raisons qui avaient incité la Ligue maritime française à organiser la grande semaine maritime: d’abord, prouver par les faits que la France, comme ses rivales, pouvait avoir sa grande semaine navale; puis, en attirant un grand nombre de Français vers Le Havre dont la population est si accueillante, les mettre à même de s’intéresser aux choses de la mer et leur montrer l’impérieuse nécessité pour la France d’avoir une grande marine sous toutes ses formes.

Ainsi, Maillart a réussi à associer sa ville à un événement populaire certes, mais aussi mondain. Chaque bal donné est l’occasion de réunir tous les commandants des navires présents, ainsi que MM. Rispal, sénateur, Siegfried, son prédécesseur à la mairie et député depuis lors, Taconet, Président de la Société des régates. C’est Maillart qui remet d’ailleurs la coupe au vainqueur de la Coupe du roi d’Angleterre, qui se déroule durant la semaine. Quelques heures plus tard, un autre député, Louis Brindeau se joint aux convives, de même qu’un ancien lord-maire de Londres ou encore le maire de Rouen, Auguste Leblond. Le 2 août, les havrais assistent « très intéressés », nous dit le Figaro, « à l’exercice naval de bombardement du Havre ». Pendant une heure, les navires présents tirent à blanc sur la ville, qui riposte, à blanc également, par les batteries de Dollemard et Sainte-Adresse. L’expérience de la Grande semaine maritime sera renouvelée.

Le 9 septembre, à Sainte-Adresse, tout près du Havre, un pan entier de falaise s’effondre dans un vacarme fracassant. Après des pluies abondantes, de nombreuses crevasses s’étaient créées entre les pierres et les terres des falaises. Le Journal des débats politique et littéraire raconte la suite:

La falaise s’était effondrée sur une longueur de 250 mètres et une épaisseur de 30 mètres (…)

Le projecteur de la batterie d’artillerie, installé dans une cabane d’abri près du sémaphore, a été précipité dans le vide.

Au pied de la falaise, les terres mêlées de blocs de rochers formaient un long promontoire qui s’avançait dans la mer, entouré de boue; la baie était jaunâtre. (…)

Sur l’emplacement même qui vient de s’effondrer se trouvaient, le soir du bombardement du Havre, pendant la grande semaine maritime, plus de 1500 personnes avec de nombreuses voitures. Hier, les guetteurs du sémaphore de l’Etat s’étaient avancés jusqu’au bord de la falaise, peu de temps avant sa chute.

Mais si, le mois dernier et hier, ces personnes ont échappé à l’accident, il y a malheureusement des victimes. (…) On peut craindre qu’il y en ait d’autres.

Maillart, en association avec le Maire de Sainte-Adresse, procède à une enquête pour comprendre les raisons de cet éboulement.

Le 21 septembre, Maillart évoque la mémoire de Jules Ancel lors de ses obsèques à Gonfreville l’Orcher. Il retrouve le patriarche Jules Siegfried un mois plus tard, pour l’inauguration d’un dispensaire accueillant les malades atteints de la tuberculose. Dans les discours des personnalités assemblées, il est surtout question « d’enseigner aux enfants la propreté corporelle ».

La veille, Maillart a appris sa mise en ballotage par son prédecesseur, le radical Théodule Marais, pour remplacer le conseiller général du 2e canton du Havre.

L’année suivante, Maillart assiste à la seconde édition de la Grande semaine maritime. A cette occasion, il célèbre « l’entente cordiale » avec des représentants du roi d’Angleterre et les habituels personnalités locales: président de la Chambre de commerce, etc.

Fin juillet 1906, Maillart est sur le quai de la gare pour recevoir le ministre de la guerre, Etienne, venu assister à des démonstrations de tir au canon depuis la batterie de la Hève, après avoir déjeuné à l’Hôtel Frascati. Cet établissement était situé à la place de l’actuel musée Malraux. Il était l’un des pendants havrais aux grands hôtels deauvillais. La bonne société de la Troisième République s’y retrouvait pour quelques bains de mer. Il est pourtant vendu à la fin de l’année 1906, peinant à retrouver le lustre qui avait fait sa gloire passée. Un très bel article raconte l’histoire de cet impressionnant monument.

Aux élections municipales de mai 1908, Théodore Maillart et son équipe se re-présentent, sous l’étiquette progressiste. Face à eux, deux listes : les socialistes unifiés d’un côté, le bloc des gauches composé de radicaux et de socialistes indépendants, de l’autre côté.

Aucun nom ne ressort. Maillart n’obtient que le 17e score. Il prend alors la décision, avec l’ensemble de son équipe, de ne pas proposer leurs noms aux suffrages havrais. De son mandat, on peut retenir le lancement de bon nombre de projets: la pose de la première pierre de la digue sud du port, ainsi que la fondation de la clinique des Ormeaux, du Palais des régates ou encore de la première gare maritime du quai d’Escale.

Loin de se considérer comme « fini », Théodore Maillart reprend son commerce de fumisterie.

En mai 1912, le revoilà conseiller municipal, à l’issue d’un combat législatif original puisque 4 des 5 listes qui se présentent ont proposé que l’élection se fasse à la proportionnelle, la cinquième liste étant celle des radicaux-socialistes.

Durant la Première Guerre mondiale, il est « conseiller délégué ».

On ne sait pas grand chose d’un premier mariage, avec Blanche Duval, mais on sait qu’il n’aura pas non plus d’enfant né de son second mariage, avec Pauline Longuet, en 1915. A cinquante-six ans, il revient à la mairie du Havre pour échanger ses consentements. Il n’a pas beaucoup de chemin à parcourir, puisqu’il habite sur la Place de l’Hôtel de ville. Il est alors toujours à la tête de son entreprise. Il meurt le 19 mars 1935.

 

Henry Génestal, Maire du Havre de 1908 à 1914

Alfred Henry Génestal du Chaumeil naît à Caen le 22 novembre 1840. Son acte de naissance révèle qu’il y a été déclaré le 25 par son père Jacques Gabriel Laurent Camille Génestal du Chaumeil, « officier des haras » alors qu’il habitait à Saint-Lô, ville natale de la mère, Joséphine Follin.

Son père, originaire du Cantal, est en train de gravir peu à peu les échelons dans les Haras Nationaux. En 1837, il est passé de surveillant de seconde classe à surveillant de première classe au Haras du Pins, puis devient « agent spécial à Saint-Lô » en 1838. En 1852, il est directeur du Haras de Rosières-aux-Salines. En 1860, il prend la tête du Haras de Pompadour.

Lorsque Henry a 12 ans, sa mère se remarie mariée à Joseph Boutry, négociant à Sanvic. En 1867, Alfred Henry a 27 ans et se marie à son tour, place du Louvre, à Paris, avec Louise Rosalie Follin, alors qu’elle habite rue des Bourdonnais, à quelques pas de là. Son père s’appelle Léon Follin, et sa mère Rosalie… Boutry. Sur deux générations, deux hommes Génestal ont épousé deux femmes Follin, dont l’une s’est remariée avec un Boutry et l’autre est la fille d’une Boutry. Etonnant.

Le 26 mars 1872 au Havre naît Robert. Ce petit garçon brillera à l’Ecole pratique des Hautes Etudes, sous la direction de M. Thévenin, dans des travaux sur la rente constituée et la rente foncière au moyen-âge en Normandie. En 1901, il obtiendra la première place aux concours de l’agrégation des facultés de droit, en histoire du droit. En 1905, il soutiendra une thèse sur la légitimation des enfants naturels. Il enseignera ensuite à la faculté de droit de Caen, puis de Paris et dirigera les études de droit canonique à l’Ecole des Hautes Etudes. Grande figure universitaire de son époque, Robert Génestal  mourra en 1931 et c’est Marcel Mauss qui lira, sur sa tombe, l’hommage du Président de l’Ecole des Hautes Etudes, Sylvain Lévi.

Repartons cinquante ans plus tôt. En janvier 1881, Henry est élu au conseil municipal, devient 2nd adjoint de Louis Brindeau, tandis que Théodule Marais échoue de peu à conquérir le siège de maire. Réélu en 1884 et 1888, il devient premier adjoint en 1890.

Dans sa ville, Henry Génestal est assureur de navires. Il participe d’ailleurs en 1901 à la création de l’Union mutualiste de Normandie, puis en 1907 devient l’un des vice-présidents de la fédération mutualiste de Normandie.

En mai 1908, Henry Génestal est élu triomphalement à la tête du conseil municipal du Havre : 36 votants, 34 voix. Maillart a en effet retiré sa liste après avoir été désavoué au premier tour. A 68 ans, dont 25 de mandat municipal, Génestal a fait ses preuves.

L’année suivante, 1909, le Président Armand Fallières visite la ville. A cette époque, l’aviation connaît un essor très important, soutenu par une grande ferveur populaire. Génestal ne manque ainsi pas de fêter un des pionniers de l’aviation française, le havrais Léon Molon, qui est le premier à survoler la ville (sur un petit kilomètre et demi, certes). En 1910, il lance la « Grande Quinzaine de l’aviation de la Baie de Seine ». Le ciel havrais se remplit de petits coucous tous plus frêles les uns que les autres. Celui qui est parvenu à réaliser le plus de tours dans la Baie de Seine attire beaucoup les regards. Il s’appelle Legagneux. Les havrais veulent venir le voir sur la piste. L’histoire veut que celui-ci ait prévenu Génestal que, si quelqu’un s’avisait à toucher à un bout de son avion, il deviendrait fou et tuerait 500 personnes. Homme responsable, Génestal fait entourer l’avion de Legagneux d’un cordon de gendarmes, au cas où !

De très belles photos sont disponibles sur ce site consacré.

L’Affaire Jules Durand

L’été 1910 est marqué par le début de l’Affaire Durand, qui s’étalera tout au long du mandat de Génestal. Les négociants en charbon de la ville ont installé sur les quais une grue permettant d’augmenter largement les cadences de travail des ouvriers. Mécontents, les ouvriers, menés par un des rares membres de la Ligue antialcoolique, entament une grève. Les négociations, tendues par les relations entre grévistes et non-grévistes et par l’embauche d’ouvriers anglais, sont placées sous les yeux d’Henry Génestal. En septembre, Dongé, une des figures non-grévistes décède à l’issue d’une rixe entre ivrognes sur le quai d’Orléans. Les trois ivrognes en cause sont arrêtés aussi sec mais rapidement, des employés de la Compagnie Générale Transatlantique accusent Jules Durand et les frères Boyer d’avoir commandité le meurtre.

Durand et les Boyer sont arrêtés. Les auteurs des coups ne se souviennent de rien, compte tenu de leur état, mais disculpent les trois syndicalistes. Un conseiller municipal de 28 ans, avocat, René Coty, se passionne pour l’affaire et fait interroger 51 témoins. Un commissaire de police, M. Henry, rédige plusieurs rapports expliquant que les informateurs de la police parmi les grévistes n’ont jamais entendu d’appel au meurtre de la part de Durand.

Au cours du procès en assises, qui se tient à Rouen, l’Echo de Paris décrit les 7 personnes dans le box : « charbonniers, pauvres diables ravagés par un dur labeur et plus encore par l’alcool, ils sont noirs, vêtus de guenilles noires, noires comme leur âme de brutes épaisses ». L’ambiance est abominable : la veuve de Dongé accuse la Transat de n’avoir pas assuré la sécurité de son mari, une part des témoins mettent en avant de nombreuses incohérences dans l’accusation et expliquent que la Transat a proposé de rétribuer quiconque témoignerait contre Durand tandis que d’autres témoins persistent dans leurs témoignages. Maître Coty demande l’acquittement.

Jules Durand

Source : http://www.julesdurand.fr/biographie-de-j-durand/

Les jurés semblent surpris du délibéré, n’ayant visiblement pas compris que reconnaître Durand complice avec circonstances atténuantes l’amenait à l’exécution sur un place publique. Choqué, Durand devient hystérique dans la salle d’audience, son père tente de se jeter sous les rails du train qui doit le ramener au Havre. Il perd son emploi au port quelques semaines plus tard.

La mobilisation grandit au Havre contre cette injustice, en bonne place: Coty et Génestal mais aussi Jules Siegfried, qui sont reçus à l’Elysée par Armand Fallières qui avait visité la ville il y a quelques mois. Le 31 décembre 1910, la peine de Durand est commuée en sept ans de prison. Après avoir vécu plusieurs semaines pieds et poings liés, il change de cellule.

Le 15 février 1911, le Ministre de la Justice suspend l’incarcération de Durand. Celui-ci ne veut pas sortir de sa cellule en l’absence de proches de confiance. Averti par télégramme, c’est son père qui vient le sortir, avant de le raccompagner au Havre où l’attend une foule immense. A la tribune, personne ne peut reconnaître le leader qu’il a été : il bafouille « Mes enfants, aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » et s’effondre en pleurs. Les jours qui suivent ne constituent rien de plus rassurant : Jules Durand, jeune papa, se relève la nuit pour égorger les pigeons élevés par la famille. Il est interné en avril 1911 à Sotteville-les-Rouen, où il est reçu par le Dr Lallemand, le président du jury de la Cour d’Assises qui participa à sa condamnation à mort. Cette condamnation est annulée en 1912 et il est définitivement acquitté en 1918. Il meurt en février 1926, dans cet asile. La Compagnie Générale Transatlantique n’a jamais été inquiétée pour les faux témoignages rémunérés. Stanislas Ducrot, directeur de la Compagnie, dont la contre-enquête prouva qu’il était à l’origine de la machination, ne s’est pas vu démettre de son titre de chevalier de la Légion d’Honneur.

Les débuts de la proportionnelle

Nous sommes donc en 1912. Henry Génestal est réélu maire le 16 mai au terme d’une élection un peu particulière. Au Havre, ainsi qu’à Reims et dans quelques autres villes, l’élection municipale est soumise à une forme de proportionnalité. Génestal mène la liste des Républicains de l’Union des gauches. Elle n’emporte que 25% des suffrages exprimés. Théodore Maillart a retenté sa chance, sous l’étiquette progressiste et sa liste n’arrive pas si loin de la liste du maire sortant. Les radicaux, emmenés par Léon Meyer, sont en embuscade aussi.

 Total des votes

Les 19606 votants permettent d’obtenir un premier rapport de force.

 Moyenne des votes

Reste à retraduire ces chiffres dans les 36 sièges du Conseil municipal : il faut diviser cette moyenne par 544 (soit le nombre de votants divisé par le nombre de sièges à pourvoir). On obtient ainsi la répartition suivante, sur un total de 31 sièges.

 Première répartition

Restent encore 5 sièges à pourvoir. Les partis en présence s’étaient accordés sur le fait d’accorder ces 5 noms à la liste qui serait en mesure de mener l’administration municipale, en l’occurrence, soit Génestal, soit Maillart.

A l’exception des radicaux-socialistes, les quatre autres listes se regroupent autour d’une seule liste Union des Gauches. Ils obtiennent ainsi 4 des 5 sièges restant à pourvoir, le cinquième devant revenir à la liste ayant obtenue la plus forte moyenne, à l’issue de la division de la moyenne des votes obtenus par le nombre de sièges obtenus après le second tour +1. C’est la liste Grandmaison qui emporte ce siège.

Les 36 sièges du conseil municipal du Havre à l'élection de 1912

Les enthousiastes de la proportionnelle ne sont pas extrêmement nombreux. Au Journal de Rouen, on s’interroge sur la possibilité d’administrer une ville correctement avec une liste qui n’occupe qu’un tiers des sièges.

La ville continue son développement. En 1913 sont achevés les plus grands hangars de coton d’Europe. Elu en janvier, le Président Raymond Poincaré vient visiter la ville en juillet.

Source: http://lehavrephoto.canalblog.com/archives/p480-10.html

 

24 juin 1914, Henri Génestal démissionne de son mandat de maire, pour raisons de santé. Il a 73 ans.

Il mourra au Havre le 9 mai 1918, sans avoir vu la fin de la guerre. Le conseil général salue la mémoire d’un homme « d’une haute valeur intellectuelle et morale. Républicain de vieille date et de franche allure, il fut de bonne heure élevé aux fonctions publiques par ses concitoyens, qui appréciaient en lui l’homme de devoir actif, dévoué, conciliant, sur lequel ils pouvaient compter en toutes circonstances. Au Conseil général, on n’oubliera pas ce collègue d’esprit élevé et délicat, à l’intelligence claire et vive, qui apportait dans nos débats cette courtoisie et cette pondération qui lui attiraient la sympathie de tous et en faisait un de nos conseillers les plus écoutés. »

Aujourd’hui, la rue Henry Génestal se trouve juste derrière l’Hôtel de ville du Havre. Une école primaire porte également son nom.

Sources:

 

Mais aussi:

Sur l’affaire Jules Durand:

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