Tous les articles par Victor

generateur

Générateur de titres: mode d’emploi

Au cours d’un atelier au sein de l’Ecole Normale Supérieure de Paris, j’ai découvert le codage en langage Python. Je ne suis absolument pas à l’aise avec lui: il me manque l’esprit suffisamment logique des développeurs qui conceptualisent leurs idées avant de les tester. Néanmoins, j’ai décidé de mettre à profit cette expérience en réalisant ce qui me manquait pour ma vie de tous les jours en tant que rédacteur pour des articles de communication territoriale: un générateur d’idées de titre pour des articles.

Continuer la lecture

bandeau_star_bowker

How things (actor-net)work: Classification, magic and the ubiquity of standards.

Les datajournalistes utilisent des outils, qui doivent répondre à des normes et des standards: utilisation et réutilisation assez aisée, insertion possible dans le CMS (le système informatique utilisé pour mettre en ligne les articles) utilisé par la rédaction, etc.
Cette question des standards, loin d’être réservée aux techniciens, doit interroger le rapport de chacun à ce qu’il considère être son domaine de compétence. A quel moment n’est-on plus tout à fait à l’aise avec ce qui se passe…
C’est la question à laquelle ont tenté de répondre, il y a 20 ans, Geoff Bowker et Leigh Star, à l’appui de la théorie de l’acteur-réseau.
Bowker, Geoffrey, et Susan Leigh Star. « Actor Network Theory and Classification », 18 novembre 1996.
L’article est consultable ici : http://www.ics.uci.edu/~gbowker/actnet.html.

Continuer la lecture

Capture d'écran cartographie

[Data] Saint-Denis: Analyse de l’abstention aux européennes 2014

Les élections européennes de mai 2014 ont envoyé à Bruxelles plus de candidats du Front National que de n’importe quel autre parti français. En Seine-Saint-Denis, les résultats n’étaient pas différents. L’abstention y atteignait néanmoins 68,7%, soit 10 points de plus que la moyenne nationale. Première ville du département, Saint-Denis affichait un taux d’abstention de 74,26%.

Avec près de 110 000 habitants et 42 679 inscrits sur les listes électorales, le profil de Saint-Denis est assez atypique : la ville est la plus jeune de France et héberge bon nombre de personnes qui ne disposent pas de la nationalité française.

Dès lors, quand près des trois quarts de ces inscrits ne se déplacent pas, comme ce fut le cas pour ces élections, les voix qui s’expriment sont celles des plus politisés. Ceux-là n’étaient qu’un peu moins de 11 000, répartis dans 48 bureaux de vote. Lorsqu’un seul habitant sur dix met un bulletin dans l’urne, que disent les urnes ?

Quel constat ?

Les bureaux de vote de Saint-Denis sont assez inégalement pourvus en inscrits : l’école maternelle des Joncherolles, à l’extrême-nord de la ville, ne compte que 470 inscrits, alors que l’école Saint-Just, à l’extrême-sud de la ville, en compte 1361, près de 3 fois plus. Pour autant, le taux de participation à Saint-Denis n’est absolument pas lié au nombre d’inscritsi.

Abstention et Front National

En revanche, le lien entre taux d’abstention et résultat du Front National est beaucoup plus net. Sur les 21 bureaux de vote dont le taux de participation est supérieur à la moyenne municipale (74,26%), le Front National réalise un score inférieur à sa moyenne municipale (15,53%) dans 16 d’entre eux. Dans les 27 autres bureaux, seuls 4 affichent un score du Front National inférieur à 15,5%. Le coefficient de corrélation entre le taux d’abstention et le score du FN est de 0,66%. A Saint-Denis, ne pas voter, c’est donc très souvent, voter Front National.

Graphique réalisé par l'auteur
Graphique réalisé par l’auteur

Abstention et EELV

A l’opposé, un parti semble particulièrement pâtir de l’abstention : Europe Ecologie Les Verts. Leur score municipal est de 12,6%. A l’inverse du FN, dans les 27 bureaux où l’abstention est plus forte que la moyenne, EELV ne dépasse 12,6% qu’à 4 occasions. Le coefficient de corrélation est encore plus fort que dans le cas du FN puisqu’il atteint -0,72. Lorsque les électeurs désertent les isoloirs, EELV peut s’attendre à un faible score. Ou, pour le dire autrement, EELV est le parti qui a le moins à gagner face à l’abstention.

Ni le Front de Gauche, ni le PS, ni l’UMP ne présentent de telles caractéristiques, lorsqu’on s’intéresse aux rapports entre leurs scores et l’abstention.

Graphique réalisé par l'auteur
Graphique réalisé par l’auteur

Aux deux extrêmes…

Quels sont les bureaux de vote où l’abstention est la plus forte ?

Trois bureaux de vote dépassent les 85% d’abstention : l’école Auguste Rodin, l’école René Descartes et l’école Joliot Curie. Elles ne se trouvent pas très éloignées les unes des autres, autour du Fort de l’Est, dans le quartier du Franc-Moisin. Le score de la liste FN y atteint respectivement 30%, 19,1% et 19,6%.

Quels sont les bureaux où l’abstention est la plus faible ?

Les écoles Jean Vilar, Puy Pensot et Louise Michel ont été les bureaux de vote où le taux d’abstention a été le plus faible, s’élevant respectivement à 55,8%, 57,1% et 62,5%. On peut noter que c’est dans ces trois bureaux que la liste écologiste enregistre ses trois meilleurs scores. Si les deux premières sont elles aussi assez proches, dans le centre ville à quelques pas de la Basilique, l’école Louise Michel se situe, en revanche, dans le quartier Bel-Air, tout près de l’école Descartes et du Franc-Moisin. L’hypothèse selon laquelle les quartiers – plutôt – bourgeois du centre-ville votent davantage semble se vérifier mais elle ne suffit pas pour expliquer cette différence de comportement électoral entre deux bureaux de vote géographiquement assez proches.

De quoi l’abstentionnisme dionysien est-il le nom ?

Il y a plus de 60 ans, François Goguel proposait une distinction entre deux abstentionnismesii. Celui lié à la conjoncture (par exemple une lassitude du corps électoral devant un nombre de scrutins successifs trop important, ou un désintérêt devant telle ou telle question posée) et l’abstentionnisme de structure. Celui-ci serait lié à l’éloignement des bureaux de vote, aux catégories socio-professionnelles qui se trouvent sur telle ou telle circonscription.

Des penseurs américains ont proposé d’autres lectures de l’abstention : certains (F. Wilson, D. Riesmaniii) considèrent que si les individus ne votent pas davantage, c’est parce qu’ils ont mieux à faire et qu’au final, ils sont plutôt satisfaits de la façon dont les affaires sont gérées. Angus Campbelliv, quant à lui, suggère la possibilité inverse : celle que les abstentionnistes considéreraient les candidats avec méfiance, suspicion, hostilité et cynisme.

Céline Braconnier et Jean-Yves Dormagen ont présenté une étude sur l’abstention au sein de la cité des Cosmonautes à Saint-Denis, en mai 2014, dans le Monde Diplomatiquev.

Avec leur population jeune et défavorisée, les quartiers de grands ensembles et d’habitat social connaissent ainsi une non-participation (non-inscription et abstention) qui peut atteindre des proportions impressionnantes. Dans l’est de Saint­-Denis, parmi les douze bâtiments qui forment la cité des Cosmonautes, le non-vote est depuis longtemps majoritaire. Aux dernières municipales, il concernait deux tiers des citoyens.

Plus jeunes, moins diplômés, plus affectés que la moyenne par le chômage, les habitants interrogent l’utilité d’un geste qui ne conduit pas à améliorer leurs conditions d’existence. Et rien, ici, ne vient plus contrebalancer cette désaffection massive. Ni section de parti, ni association civique, ni même présence d’élus locaux qui résideraient encore dans le quartier : les Cosmonautes sont devenus, au cours des deux dernières décennies, un désert politique. Les campagnes de porte-à-porte menées à quelques jours du scrutin par les deux partis de gauche en mesure de remporter l’élection n’ont pas suffi à enrayer cette tendance lourde.

Les auteurs insistent également sur le caractère « contraignant » du système d’inscription sur les listes électorales en France : ni obligatoire, ni automatique, devant être renouvelée à chaque déménagement, l’inscription est, pour utiliser un euphémisme, loin d’être une priorité pour des populations qui ne disposent pas nécessairement de diplômes ou d’emploi.

Notes de fin

i. Le coefficient de variation entre le nombre d’inscrits et le pourcentage d’abstention est égal à -0,07.

ii. François Goguel, « Pour une étude scientifique de l’abstentionnisme électoral », Revue française de science politique, 1952, vol. 2, no 1, p. 68 70.

iii. Cités dans Françoise Subileau et Marie-France Toinet, Les chemins de l’abstention: une comparaison franco-américaine., Paris, La Découverte, 1993.

iv. A. Campbell, « The Passive Citizen », Acta Sociologica, 1 janvier 1962, vol. 6, no 1, p. 9 21.

v. Ce que s’abstenir veut dire, par Céline Braconnier et Jean-Yves Dormagen (Le Monde diplomatique, mai 2014), http://www.monde-diplomatique.fr/2014/05/BRACONNIER/50381, (consulté le 8 septembre 2014).