Archives pour la catégorie A Londres

Entre septembre 2009 et août 2010, la radio Classic21 m’a fait confiance pour rédiger, chaque semaine, une chronique d’ambiance sur l’actualité musicale londonienne.

London Calling #48

London Calling, dernière: le guide de l’auditeur de Classic 21 à Londres.

Voilà presque un an que j’ai l’honneur de vous présenter, chaque semaine, un papier d’ambiance sur l’actualité musicale à Londres. Cette chronique sera la dernière mais, pour être sûr que vous ne soyez pas perdu la prochaine fois que vous franchirez la Manche, voici la liste des meilleurs plans que j’ai déniché pour les auditeurs de Classic 21 à Londres au cours de l’année.

La meilleure opportunité de voir des grands groupes gratuitement

Rough Trade East: Dès le mois de septembre, les californiens de « Girls » y passaient. Je vous ai même raconté en février que je m’en voulais d’y avoir manqué le groupe Midlake. Chaque semaine, des grands groupes y jouent dans une ambiance plus que détendue, sur une toute petite scène, pendant que quelques membres du public sont allongés devant eux, émerveillés, et que d’autres veulent simplement acheter un disque. Car, il n’est pas inutile de le rappeler, Rough Trade East est avant tout un magasin de disques. Et contrairement à ce que l’on peut penser, les disques se vendent plutôt bien à Londres. En avril, je m’étais levé tôt pour assister au phénomène d’achat de vinyles en masse lors du Record Store Day.

Adresse :
Rough Trade East, Dray Walk, 91 Brick Lane, London E1 6QL

La meilleure opportunité de voir des petits groupes gratuitement

93 Feet East: Si vous sentez grandir en vous l’envie de (re)vivre la folle ambiance du « Swinging London », des caves résonantes de fougue adolescente et d’expérimentations en tous genres, je vous conseille de garder en mémoire le nom de ce club situé sur Brick Lane, à deux pas du précédent. Tous les lundis, les Free Mondays laissent la possibilité à quatre, cinq, six groupes de se succéder sur une scène d’une vingtaine de mètres carré, où vous pourrez boire un verre et manger un petit bout sur une grande terrasse si vous souhaitez vous dégourdir les jambes et les oreilles au cours d’un changement de plateau. Bonne ambiance, bonnes découvertes assurées.

Adresse:
93 Feet East, 150 Brick Lane, London E1 6QL

La meilleure opportunité de voir des grands groupes à un prix raisonnable

The Garage: Situé à Islington, cet ancien entrepôt reconverti en salle de concert ultra-branchée (pour ne pas avoir à se casser la voix tous les soirs, les barmen vous indiquent le prix de votre consommation à l’aide d’un bracelet à diodes) possède une programmation très intéressante. Elle accueille aussi bien les premiers pas de nouveaux groupes qui veulent se rôder que les premiers concerts de groupes étrangers sur le sol britannique. Au début du mois de février, j’avais réussi à y voir les Hot Rats, qui n’étaient alors qu’un projet parallèle de deux membres du non encore défunt Supergrass. Au début du mois de juillet, je vous ai raconté mon après-midi avec Kula Shaker, depuis la tasse de thé avec Alonza, le bassiste résidant en Belgique jusqu’au concert destiné aux fans à l’occasion de la sortie de leur nouvel album.

Adresse:
The Relentless Garage, 20-22, Highbury Corner, London N1 5RD

La plus belle opportunité de voir des grands groupes en payant cher

Royal Albert Hall: J’ai eu fréquemment l’occasion de vous parler des concerts qui se sont déroulés dans ce qui est l’une des plus belles salles de Grande-Bretagne. Tout d’abord, mon grand frère a eu l’immense gentillesse de m’offrir comme cadeau d’anniversaire la possibilité d’aller voir ce que j’avais appelé un clone-band plus qu’un tribute-band, les impressionnants Bootleg Beatles. Plusieurs de mes amis étaient allés voir, à la fin du mois de mars, les premiers concerts de Noel Gallagher en solo dans cette même salle.
Adresse:
Royal Albert Hall, Kensington Gore, London SW7 2AP

Le meilleur plan alliant rock et gastronomie

Bill Wyman Sticky Fingers: Imaginons: la semaine vient de commencer, vous êtes fan des Rolling Stones, vous aimez les burgers, mais vous considérez que les fast-foods ne rendent pas justice à ce type de nourriture, vous avez une heure pour manger et vous vous trouvez dans le centre de Londres? Si vous remplissez plusieurs de ces critères, il est impératif que vous vous rendiez dans le restaurant de Bill Wyman, ancien bassiste des Rolling Stones et leader des Rhythm Kings. Vous y trouverez les meilleurs burgers de Londres assis entre les disques d’or et les artworks originaux des albums des Stones et, cerise sur le gâteau: le lundi, c’est moitié prix…

Adresse:
Bill Wyman Sticky Fingers, 1a Phillimore Gardens Kensington London W8 7QG

Quelques promenades rock à Londres

Si vous êtes plus marche à pied que métro, vous trouverez cinq idées de promenade sur le thème du rock sur la page Youtube de « la Minute du Rock ». N’hésitez pas à faire une pause de temps en temps afin de pouvoir lire les textes.
La Minute du Rock: http://www.youtube.com/user/LaMinuteduRock

Merci à tous de votre fidélité et de vos commentaires au cours de ces 48 épisodes.

Victor Alexandre

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London Calling #47

Rencontrez l’homme avec l’un des meilleurs jobs de Londres

J’ai toujours été fasciné à la fois par les inventeurs fous à la Géo Trouvetout et par les vitrines des magasins de musique… Alors aujourd’hui, je me suis décidé à entrer dans une boutique très particulière, dans ma rue préférée de Londres.

Située au rez-de chaussée d’un immeuble victorien résidentiel de Stoke Newington Church Street, la boutique n’est en fait qu’une pièce de 10 mètres carrés. Jon Free, l’occupant de l’endroit et d’un appartement personnel à l’étage, a posé la guitare demi-caisse Harmony qu’il était en train de réparer pour venir m’ouvrir.

Droits réservés. Victor Alexandre

Le visiteur – ce qui est une façon de parler car vous n’avez pas vraiment la place de visiter quoi que ce soit – est accueilli par une énorme malle, posée dans un coin, et traversée d’un long bout de bois. Il s’avèrera que le bout de bois est extrait d’une rallonge pour une table de salle à manger, qu’il est parcouru de quatre cordes et que la malle est en fait la caisse de résonance de cette contrebasse bricolée. Jon m’explique que cet objet encombrant n’est pas sa meilleure réussite mais qu’il a déjà une belle histoire. Voici plusieurs mois de cela, une femme du quartier passe devant la boutique, entre, et choisit un modèle pour offrir à son papa. Seulement, la femme en question n’est autre que la fille de Roger Glover, bassiste, faut-il le préciser, de Deep Purple. Quelques mois plus tard, le père vient voir sa fille et rend une visite au fabricant du petit bijou qu’il a reçu comme cadeau d’anniversaire et se montre très intéressé par la contrebasse en question. Tout en racontant cette histoire, mon hôte se penche vers l’instrument et attrape l’une des poignées et ouvre la malle. Au lieu du complexe système électro-acoustique que je m’attends à voir, ce sont d’autres tiges de bois qui s’y trouvent et qui serviront de manches aux créations qui sortiront de l’imagination de Jon dans les mois à venir. Car les affaires fonctionnent bien, et elles fonctionneront encore mieux lorsque les fans de Deep Purple entendront le son de ses « Sonic fascinators » sur son prochain album.

Les « Sonic Fascinators », ce sont les petits instruments à trois, quatre, six cordes, que fabriquent Jon, à partir de vieilles boîtes en métal ou d’antiquités diverses. Celle de Roger Glover, par exemple, est une quatre cordes, nommée la Golden Orchid, ou « orchidée dorée ». Vous pourrez la trouver en parcourant la page contenant tous les Sonic fascinators déjà existant. Jon me fait une démonstration sur sa 57ème réalisation en moins de 18 mois, une quatre cordes, électrique et dont le coffre est une boîte dont les motifs imitent la peau de serpent, qu’il branche sur l’un des tout petits amplificateurs qu’il a fabriqué. Le résultat est étonnant. Vous pouvez tenter de l’imaginer en faisant fusionner le son de guitare distordu de bluesmen un peu extravagants comme R.L. Burnside avec un ukulélé que vous joueriez en ayant pris un peu trop de café. Si vous n’avez pas tant envie de faire travailler votre imagination, vous pouvez écouter quelques exemples sur son site. L’accordage se fait en Ré La Ré La (ou DADA comme on dit ici), de la même façon qu’une slide guitar, pour des prix allant de 200 à 400 livres, soit beaucoup moins cher qu’une slide guitar bas de gamme.

Auparavant, comme on peut s’en douter, Jon a été musicien et surtout réparateur de guitares dans la Tin Pan Alley londonienne, Denmark Street. Fatigué d’être peu payé par rapport au travail qu’il fournissait, il a décidé de se mettre à son compte:

Réparer et créer des guitares, cela prend beaucoup de temps et le matériel coûte très cher. On est obligé de demander plusieurs milliers de livres sterling pour une belle réparation avec du bon matériel. En trois ans, je n’ai pu créer que qu’à douze guitares traditionnelles, contre une soixantaine de Sonic fascinators en un an et demi, qui sont beaucoup moins chers et plus intuitifs.

Droits réservés. Victor Alexandre

Beaucoup de ses astuces, Jon les trouve dans les méthodes utilisées dans les années 1920 pour amplifier le son. Avant la propagation de l’électricité à grande échelle au Royaume-Uni, les musiciens devaient malgré tout réussir à se faire entendre d’un grand nombre de gens. L’une des solutions employées à l’époque a été l’invention d’un violon dont la caisse de résonance est remplacée par une membrane située à côté d’un cornet identique à ceux des premiers gramophones.

À l’époque, de tels violons à pavillon comme on les appelait coûtait beaucoup plus cher que les violons traditionnels, m’assure Jon, car l’aluminium était presque aussi cher que l’or. Pour mes instruments aujourd’hui, l’aluminium est un matériau abordable et qui permet d’obtenir la bonne projection d’un son.

Ce qui est passionnant chez Jon, c’est sa capacité à transformer la débrouille en génie créatif. Prenons un nouvel exemple. Un groupe de ce quartier du nord de Londres lui a apporté une guitare, non seulement bas de gamme, mais qui en plus semble avoir été piétinée par un rhinocéros: il ne reste rien de la table d’harmonie, la pièce de bois plate qui recouvre le dessus de la caisse de la guitare. N’importe qui aurait abandonné. Pas Jon Free. Il me montre l’astuce qu’il compte mettre en place. Pour cinquante pences, il a réussi à trouver 6 moules en aluminium. Il compte les placer triangle et les relier entre eux par une sorte de clé en forme de T ce qui, comme nous l’avons vu, permettra d’amplifier le son qui sera reçu dans la caisse.

Construire de nouveaux instruments de musique, les entendre sur un album de Sonic Youth ou de Tom Waits, voilà un métier qui doit être sympathique. Non ?

 http://www.tin-tone.com

A la semaine prochaine,

Victor Alexandre
via@rtbf.be

London Calling #46

La différence entre le bon rock’n’roll et le mauvais rock’n’roll ?

Ce qui est bien avec le rock’n’roll, c’est qu’on peut coller cette étiquette sur à peu près tout, tant qu’il y a une attitude un peu tête brûlée et des activités vaguement farfelues. Jeter une limousine dans une piscine ? C’est rock’n’roll. Fumer un joint en attendant la Reine Elizabeth, c’est rock’n’roll. Mais quand les avocats affluent, le rock’n’roll se dilue, dit le quasi-proverbe londonien…

Le bon côté du rock’n’roll, c’est celui qu’on aime tous: c’est juste ce qu’il faut de provocation assortie à beaucoup de talent, voire de génie. Dans cette catégorie, il y a la Fender de Jimi Hendrix enflammée sur scène, il y a les déhanchés hallucinants d’Elvis pendant un concert hawaïen, mais il y a également quelques petites phrases magiques, de celles qui vous font dire qu’on n’est pas un parolier de talent sans avoir une répartie intelligente. On se souvient de Lennon demandant aux spectateurs éloignés de taper des mains, les autres pouvant se contenter d’agiter leurs bijoux.

Cette semaine, une nouvelle phrase peut être ajoutée à la même rubrique, elle est signée Dave Davis, guitariste des Kinks. Interrogé par Rob Hughes, de Classic Rock Magazine, à propos de la reprise par Van Halen de leur tube « You Really Got Me », Davis a enfin décidé de se lâcher, trente ans après le drame:

La version de Van Halen était très Amérique moyenne. C’était un genre de « Hey! Regardez moi dans mon pantalon moulant! Voilà ma version de You Really Got Me! ». Pour tout vous dire, je pense qu’une oeuvre réussie n’est pas toujours celle qui comporte le plus de technique. Je ne devrais pas l’encourager, mais je suis sûr que Van Halen jouait mieux quand il était bourré.

Voilà qui calmera les ardeurs de Eddie Van Halen pour quelques temps.

Vous pouvez à votre tour vous faire une idée en étudiant les deux versions ici.

The Kinks, You Really Got Me:

Van Halen, You Really Got Me:

Le mauvais profil du rock’n’roll apparaît dès qu’on commence à parler argent. Plastic Bertrand n’est pas le seul à se trouver dans la tourmente. Le magazine Mojo publie un petit récapitulatif des affaires de plagiat dans le rock, à l’occasion de deux nouvelles suspicions concernant les Australiens de Men At Work d’un côté, et les Britanniques de Led Zeppelin de l’autre. Les premiers sont soupçonnés d’avoir emprunté la mélodie d’une comptine, intitulée «Kookaburra Sits In The Old Gum Tree» pour leur tube «Down Under». La sentence est tombée le 6 juillet: le groupe doit verser 5% des royalties reçues grâce à la chanson jusqu’aujourd’hui et de celles qui seront perçues à l’avenir. Vous pouvez là encore, vous faire un avis en regardant un bref reportage.

Reportage de 3 News sur les similarités entre Down Under et Kookaburra Sits In The Old Gum Tree:

Pour le flûtiste du groupe, Greg Ham, cette affaire est dramatique. «Les coûts judiciaires sont gigantesques et au final, je vais me retrouver à devoir vendre ma maison».

Un autre cas est encore en train d’être étudié, celui de la ressemblance entre une chanson de 1967, signée de l’Américain Jake Holmes, et une autre, signée Led Zeppelin. Le titre de la seconde: « Dazed and Confused ». Le titre de la première: « Dazed and Confused ». C’est ça. Exactement le même. Les Yardbirds avaient d’ailleurs déjà joué et enregistré la chanson avec Jimmy Page, après avoir été inspiré par l’ambiance d’un concert de Jake Holmes. Autant dire que la reconnaissance de la paternité de la chanson pour Holmes était presque totale, mais pas en ce qui concerne les royalties… Pas très rock’n’roll tout ça. Affaire à ne pas suivre, donc. Mais puisque nous sommes là pour parler musique, écoutons !

Jake Holmes, Dazed and Confused:

Led Zeppelin, Dazed and Confused:

A la semaine prochaine,

Victor Alexandre
via@rtbf.be

London Calling #45

Dilemme au pays des festivals

Avec la multiplication du nombre de festivals destinés à attirer le grand public, la Grande-Bretagne est tiraillée chaque week-end entre l’un ou l’autre de ces événements. Pour le public, il s’agit souvent de choisir entre les méga stars qui ont déjà tout prouvé et les groupes plus récents, qui ont faim de reconnaissance.

Au milieu de la saison des festivals, il n’est pas inutile de s’intéresser à cette tension qui existe entre, d’un côté les festivals établis et de l’autre côté, ceux qui n’ont pas encore la notoriété qui leur permettrait de faire venir tous les artistes qu’ils souhaiteraient. Car les tensions que l’on peut trouver entre ces deux catégories de festivals sont les mêmes que celles que l’on trouve lorsque l’on doit choisir entre le concert d’un artiste établi et celui d’un jeune groupe que l’on a entendu une fois à la radio. Prenons quelques exemples, si vous le voulez bien.

En regardant un calendrier au début de ce mois de juillet, le spectateur au budget limité s’est trouvé face à deux concerts qui le tentent bien: il a eu le choix entre Bob Dylan qui se produisait au « Hop Farm Festival », dans le Kent et son fils, Jakob Dylan, qui se produit le vendredi 23 juillet au Barbican Center de Londres.
D’un côté, il y a la possibilité d’aller voir une légende vivante qu’on ne présente plus. De l’autre, il y a son fils, que vous ne connaissez peut-être pas encore, ancien leader des Wallflowers, et qui vient de sortir l’album « Women and Country ».

Bob Dylan, Like a Rolling Stone:

Jakob Dylan, Something Good This Way Comes:

Le choix pourrait être vite fait, mais voici ce qu’a pensé un critique du concert  de Papa Dylan:
Dylan n’a jamais été un chanteur conventionnel mais de nos jours, les grincements rauques de sa voix cassée ne peuvent même plus vraiment être considérés comme du chant d’une quelconque façon.
Accroupi au-dessus d’un clavier en chapeau de cowboy, Dylan a parcouru sa carrière légendaire et l’a rendu totalement impénétrable. Sur « Stuck Inside of Mobile With The Memphis Blues Again », il aboyait un mot sur trois, visiblement incapable de garder son sérieux à l’écoute de sa propre énonciation excentrique.

Les spectateurs d’un concert de Lou Reed à Montréal connaissaient au même moment la même désillusion de l’autre côté de l’Atlantique. Alors que le festival en question avait effectué la promotion du concert en soulignant le passé « Velvet Underground » de Lou Reed, le chanteur avait promis de son côté une « téméraire soirée de non-rock ». Les huées ont été particulièrement vives, paraît-il, dans le public.

Les exemples de Bob Dylan et de Lou Reed semblent montrer qu’il est difficile de demander perpétuellement à des artistes qui ont tout prouvé de jouer ce qu’ils jouaient à trente ans. N’en est-il pas de même pas pour les festivals ? Les plus célèbres peuvent-ils être à la hauteur de leur réputation ? Ne vaut-il pas mieux favoriser l’intégrité artistique des « petits » festivals ?

Prenons encore un exemple: le samedi 24 juillet se dérouleront deux festivals, l’un plutôt classic-rock, l’autre plutôt indie-rock. Le premier, c’est le High Voltage Festival, le second, c’est le 1-2-3-4 Shoreditch Festival. Le premier propose ZZ Top, Heaven & Hell (A Tribute to Ronnie James Dio), Foreigner, Gary Moore ou encore Asia. Le second propose A Grave With No Name, These New Puritans, We Have Band, Rolo Tomassi, Comanechi ou encore les Dum Dum Girls. Dernière comparaison, le premier coûte au minimum 75 livres, soit 90 euros, le second seulement 15 livres, soit 17 euros.

La différence de prix est significative. D’un côté, vous avez la possibilité d’assister peut-être pour la dernière fois à un concert de ces groupes mythiques. De l’autre côté, vous avez la possibilité d’assister à un concert d’un de ces groupes pour la dernière fois à ce prix-là. Il n’est pas impossible que l’un des petits nouveaux du second festival prenne la relève des mastodontes du premier.

A Grave With No Name, The Underpass:

We Have Band, Divisive:

Que choisiriez-vous à la place des Britanniques ? Prendriez-vous le risque d’être déçu par des légendes ou celui d’être agréablement surpris par un groupe qui peut tout aussi bien être le prochain Radiohead ?

A la semaine prochaine,

Victor Alexandre
via@rtbf.be

London Calling #44

Ces chansons que vous devez connaître si vous visitez Londres

Si Londres est important pour la musique, l’inverse est sans doute encore plus vrai. Si la formidable envie de visiter la capitale anglaise vous prend, vous aurez besoin d’un bon guide et d’un baladeur MP3 dont le contenu ne devra pas être laissé au hasard.

Il y a deux semaines, je vous proposais de découvrir les chansons que vous pourrez entendre en dépassant les voitures anglaises sur les autoroutes européennes. Poursuivons ensemble, si vous le voulez bien, notre exploration de la culture musicale de nos amis britanniques en général, et londoniens en particulier.

Vous êtes persuadé qu’il vous faut faire un tour à Londres cet été ? C’est bien normal et figurez-vous que vous n’êtes pas seul dans ce cas. Quelques générations avant vous Aldwin Robert, qui avait choisit Lord Kitchener comme nom de scène, composait une chanson sur le bateau qui l’emmenait de Jamaïque en Grande-Bretagne.

I’ve been traveling to cities years ago, but this is the place I wanted to know, London is the place for me. To live in London, you are really comfortable, because the English people are very much sociable, they take you here and they take you there, they make you feel like a millionaire, so London is the place for me.

J’ai déjà voyagé dans différentes villes mais voilà un endroit que je voulais vraiment voir, Londres est l’endroit qu’il me faut. Quand tu vis à Londres, tu te sens vraiment confortable, car les Anglais sont très sociables: ils vous emmènent à droite, ils vous emmènent à gauche, ils vous donnent l’impression d’être un millionnaire, c’est pourquoi Londres est l’endroit qu’il me faut.

Lord Kitchener, London Is The Place For Me:

Vous venez de mettre un pied à terre sur le sol anglais en cette mi-juillet. Vous avez négocié rudement avec votre compagne/compagnon le fait d’aller voir un concert ce soir en échange de l’obligation de faire les soldes. Mais où aller ? Suivez donc le conseil de Gerry Rafferty et évitez « Baker Street ».

Winding your way down on Baker Street, Light in your head and dead on your feet (…)And it’s taken you so long to find out you were wrong, When you thought it held everything.
Tu trouves ton chemin jusqu’à Baker Street, tu te sens léger mentalement mais tu n’as plus de jambes (…) et ça t’a pris tellement de temps de comprendre que tu avais tort en pensant que cette rue avait tout.

Gerry rafferty, Baker Street:

Quand vos bras seront chargés de paquets divers et variés, dont aucun ne contiendra exactement ce que votre partenaire était venu cherché à Londres, vous croisez quelques personnes sans abris, qui vous demandent une petite pièce. C’est en revenant de Paris, où il avait été « clochard », comme il le dit et en errant dans les rues de Londres que Ralph McTell a écrit une chanson qui correspond parfaitement à la situation. Et figurez-vous que cette chanson à propos de Londres a été enregistrée par plus de 200 artistes différents.

Have you seen the old man In the closed-down market Kicking up the paper, with his worn out shoes? In his eyes you see no pride And held loosely at his side Yesterday’s paper telling yesterday’s news. So how can you tell me you’re lonely,
And say for you that the sun don’t shine? Let me take you by the hand and lead you through the streets of London, I’ll show you something to make you change your mind.
As-tu vu le vieil homme au marché fermé, qui tape une boule de papier avec des chaussures trouées ? Dans ses yeux, tu ne vois aucune fierté et à côté de lui, il y a le journal d’hier racontant les histoires d’hier. Alors comment peux-tu me dire que tu te sens seul et que pour toi, le soleil ne brille pas ? Donne moi la main et suis-moi dans les rues de Londres, je vais te montrer des chsoes qui vont te faire changer d’avis.

Ralph McTell, Streets Of London:

Comme cette chanson de Ralph McTell ne vous a pas tellement remonté le moral, vous pouvez toujours vous consoler en songeant à King’s Cross Road et à son Chelsea Drugstore. Car comme le dit Mick, on ne peut pas toujours obtenir ce qu’on veut, mais si on essaie, parfois, on arrive à avoir ce dont on a besoin.

The Rolling Stones, You Can’t Always Get What You Want:

C’est à présent l’heure de déposer les paquets dont vous êtes couvert là où vous dormirez et de vous précipiter vers les bords de la Tamise. Car au mois de juillet, s’il y a un moment qu’il ne faut pas rater, c’est le coucher de soleil sur la ville. Prenez votre baladeur, et lancez le « Waterloo Sunset » des Kinks.

Dirty old river, must you keep rolling, Flowing into the night, People so busy, makes me feel dizzy, Taxi light shines so bright, But I don’t need no friends As long as I gaze on Waterloo sunset, I am in paradise. Every day I look at the world from my window, But chilly, chilly is evening time, Waterloo sunset’s fine.

Vieille rivière sale, dois-tu continuer de t’écouler jusque dans la nuit. Les gens si occupés me donnent le tournis, les lumières des taxis m’éblouissent, mais je n’ai pas besoin d’ami, tant que je contemple le coucher de soleil sur Waterloo, je suis au paradis. Tous les jours, je regarde le monde depuis ma fenêtre, mais quand le froid du soir tombe sur la ville, le coucher de soleil sur est suffisant.

Vous voici à la nuit tombée. Avant de vous rendre au concert que vous avez tant attendu, montez à l’étage d’un bus à impériale et regardez les néons défiler en écoutant deux moreaux du groupe culte de tous les Londoniens, les Clash.

I’m up and down the Westway, in an’ out the lights, What a great traffic system – it’s so bright, I can’t think of a better way to spend the night,Than speeding around underneath the yellow lights.
Je monte et redescends le Westway, à la lumière et à l’obscurité. Quel système de circulation génial, c’est tellement brillant, je ne peux pas imaginer une meilleure façon de passer la nuit que de foncer sous les lumières jaunes.

The Clash, London’s Burning:

Et sa grande soeur, plus connue, London Calling:

The ice age is coming, the sun’s zooming in, Meltdown expected, the wheat is growing thin, Engines stop running, but I have no fear,Cause London is drowning and I, live by the river.
L’âge de glace arrive, le soleil se rapproche, la fonte est prévue, le blé ne pousse plus, les moteurs s’arrêtent, mais je n’ai pas peur car Londres est en train de couler, et moi, j’habite au bord du fleuve.

The Clash, London Calling:

Bonne visite à Londres !

A la semaine prochaine,

Victor Alexandre
via@rtbf.be

Crispian Mills

Un thé au soleil londonien et un concert avec Kula Shaker, ça vous dit?

« Can we have two cups of tea, please ? », voilà la façon dont débute ma soirée avec Alonza Bevan, le bassiste de Kula Shaker. Il est 16 heures et nous nous installons à la terrasse intérieure d’un pub juste à côté de la salle de concert. Nous allons discuter pendant une heure du nouvel album du groupe, de leur retour sur scène et… de Lompret. Vous êtes les bienvenus.

« Je déteste ça, proteste Alonza en commençant à rouler une cigarette, on est en Angleterre et le serveur n’est même pas capable de savoir que l’on verse l’eau bouillante sur le sachet… » Il y a ce quelque chose de spécial dans Kula Shaker qui fait que le groupe n’est pas tout à fait comme les autres groupes de rock. Les membres boivent du thé à longueur de journée et choisissent de présenter leur nouvel opus, Pilgrims Progress, dans un petit club de Islington, presque gratuitement, puisqu’il suffisait d’être tiré au sort parmi ceux qui avaient pré-commandé cet album.

Enregistré à Lompret, près de Chimay, Pilgrims Progress est très fortement teinté de romantisme mis en évidence par la présence répétée des mots « love », « death », « despair » et « prayer » (amour, mort, désespoir et prière). Alonza sourit:

Nous avons toujours été des vieux romantiques. Ce sont des thèmes qui ont toujours été présents, mais je crois qu’il y a davantage de chansons d’amour sur cet album-ci.

Étonnamment, Alonza avoue n’avoir pas écouté d’albums particuliers lorsqu’il a participé à composer puis à produire les chansons de Pilgrims Progress: « J’ai toujours adoré la période du renouveau folk des années 1960, les musiques celtiques et gaéliques et puis, évidemment ce qu’on appelle le classic-rock« . Si les trois albums précédents avaient contribué à créer un son reconnaissable comme étant celui de Kula Shaler, ce nouvel album est traversé de clins d’œil aux sons d’autres artistes. J’y ai trouvé une flûte de Led Zeppelin, un groove à la Small Faces, des intonations vocales de Lenny Kravitz, des paroles dans la droite ligne de George Harrison, un refrain que n’aurait pas renié Franck Sinatra, une instrumentale à mi-chemin entre Ennio Morricone et les Shadows, une envolée space-rock qui sonne plus Pink Floyd que Pink Floyd eux-mêmes. Chacun y trouve probablement ce que l’atmosphère générale lui suggère.

Diffuses, ces inspirations n’ont pas été conscientes. Elles semblent être à la fois présentes dans l’esprit des quatre musiciens mais aussi d’une façon mystique, imprégnée dans le brouillard des Ardennes.

L’album s’est produit tout seul, en fait. (…) C’est très important de ne pas réfléchir trop à ce qu’on est en train de faire, de conserver une certaine simplicité dans un enregistrement.

Pourtant, le groupe n’a jamais répété les morceaux ensemble, chacun est venu au studio à son tour et l’album s’est développé ainsi, petit à petit. Défendre un album devant plusieurs centaines de fans sans l’avoir jamais joué ensemble, voilà qui en terroriserait beaucoup. Alonza, pas vraiment. Il touille le lait dans sa tasse de thé et rallume sa cigarette.

Bien sûr, je suis un peu inquiet, mais c’est plus du trac. Cela prend toujours un peu de temps pour se remettre en place, comme une voiture que l’on laisserait au garage pendant des années, il faut la remettre en forme. Hier, on a répété douze heures presque sans interruption. Mais les tournées, c’est fait pour ça, pour peaufiner le son des nouveaux morceaux sur scène. (…) En concert, les chansons prennent leur indépendance, elles se présentent à vous sous un angle différent. Nous n’allons pas tourner avec une section de violoncelles, il va donc bien falloir qu’on trouve des solutions, plus immédiates, plus énergiques.

Droits réservés. Victor Alexandre

Quelques heures plus tard, Alonza et ses compères arrivent enfin sur la scène du Garage. Le bassiste a troqué sa cigarette et sa tasse de thé pour une casquette, des lunettes de soleil et une basse Fender jazz. Le guitariste et chanteur Crispian Mills, qui est sans doute le seul chanteur de sa génération à n’avoir rien perdu de son énergie, de sa chevelure et de sa voix, ensorcelle le public dès les premières chansons. Histoire de ne pas prendre trop de risques et de satisfaire les fans à coup sûr, le groupe entame par « The Sound of Drums », l’un de leurs singles qui trouva une place dans le top 10 des simples en Grande-Bretagne. Ils sont visiblement ravis d’être de retour pour ce qui sera leur seule date européenne cet été avant de partir se produire dans quelques festivals en Asie. Ce n’est qu’après deux morceaux relativement obscures que Crispian Mills annonce: « Et maintenant, vous allez avoir l’opportunité de voir un groupe de renommée mondiale foirer complètement son nouvel album !« . Rires général, sur scène et dans le public.

Droits réservés. Victor Alexandre

Le groupe jouera ensuite six morceaux extraits de Pilgrims Progress, sans les maîtriser parfaitement mais avec une application et une bonne volonté qui suffit à combler le public qui, de toutes façons, chante par cœur chacun de ces titres. Les visages des musiciens se détendent, ils savent qu’ils ont réussi leur opération séduction. Ils enchaînent, en guise de conclusion, les trois titres qui auront fait d’eux l’un des groupes les plus importants de la fin des années 1990: «Tattva», «Hush» (qu’avait popularisé Deep Purple avant eux) et «Hey Dude . Le rappel sera funk et indianisant puisque composé de «Great Hosannah», qui figurait sur leur deuxième album et de «Govinda» que le groupe étire sur une bonne dizaine de minutes.

Pour les curieux, certains fans ont capturé quelques chansons en vidéo.

Sound of Drums:

Ophelia:

Et voici quelques autres photos.

La set list du concert:
Sound of Drums
Under The Hammer
Die For Love
Peter Pan RIP
Ophelia
Modern Blues
All Dressed Up (and Ready To Fall in Love)
Cavalry
High Inner Heaven
Winter’s Call
Tattva
Hush
Hey Dude
*
Great Hosannah
Govinda

Sur le chemin du retour, j’essaie de trouver ce que Kula Shaker aurait pu perdre depuis leur âge d’or des deux premiers albums. Ils ont conservé une énergie hallucinante, leur groupe semble soudé comme jamais et leurs fans leur sont restés fidèles. En quittant leur maison de disques pour créer la leur, ils n’ont visiblement perdu que la nécessité de tourner pendant tout l’été. Il n’est pas impossible, selon le bassiste, que le groupe réussisse à planifier quelques concerts européens à la fin de l’été ou un peu plus tard.

D’ici là, le bassiste sera redevenu le chef des travaux de la maison de Lompret. Car, pour enregistrer l’album, il fallait choisir entre terminer la construction du studio et installer le chauffage central de la maison familiale…

A la semaine prochaine,
Victor

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L’interview d’Alonza Bevan en intégralité.

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Interview d’Alonza Bevan, bassiste de Kula Shaker

Droits réservés. Victor Alexandre

L’album Pilgrims Progress a été enregistré à Lompret, dans le sud de la Belgique, où vous viviez depuis deux ans avec femme et enfant. Crispian Mills et Harry Broadbent (le guitariste-chanteur et le claviériste) disent que c’est un album très rural et même qu’une chanson a été enregistrée au son du vent. Que se passe-t-il de si formidable à Lompret ?

Alonza Bevan: Il faut d’abord dire que ma femme est d’origine belge. J’ai visité cette région de la Belgique que les Britanniques ne connaissent pas du tout et j’ai vraiment adoré. L’ambiance est presque magique. En plus, les gens qui sont là-bas sont des gens adorables, avec beaucoup d’humour, très sarcastiques. Par certains côtés, cela m’a rappelé le Pays de Galles dont je suis originaire. Nous avons visité beaucoup de maisons avec suffisamment d’espace pour nous, notre fils et où l’on pourrait construire un studio. Et finalement, c’est aussi rapide pour les autres musiciens de se rendre là-bas que d’aller au Pays de Galles. Nous avions vu la maison en photo mais quand on y est arrivé, on a ressenti de très bonnes vibrations, comme quelque chose de médiéval. Je me suis senti tout de suite en connexion avec la région.

Quatre thèmes sont très présents dans l’album: l’amour (plus de quarante apparitions du mot pour douze chansons), la mort (suggérée dans cinq chansons), le désespoir (le thème de deux chansons) et enfin la prière (évoquée dans quatre chansons). L’amour, la mort, le désespoir, la prière… Comment se fait-il que cet album soit tourné vers ces thèmes-là ?
Lompret a sans doute contribué à donner à l’album cette coloration romantique. Les chansons de l’album conservent leur identité de musique actuelle mais elles ont cette texture venue du passé, et je ne parle pas de chansons « revival », non non, de quelque chose de bien plus ancien que ça. Ces thèmes sont romantiques et je crois que nous sommes des romantiques à notre manière.

Droits réservés. Victor Alexandre

Croyez-vous que Kula a trouvé à Lompret son Headley Grange (l’endroit où Led Zeppelin a écrit et enregistré beaucoup de ses tubes, NDLR) ?
Pour moi, en tous cas, ça y ressemble beaucoup, oui. Mais c’est aussi dangeureux de posséder son propre studio. Pour notre second album, « Peasants, Pigs and Astronauts », nous étions sur un rythme complètement différent. Imaginez, vous êtes enregistré par Bob Ezrin (qui a travaillé avec Pink Floyd, KISS, Alice Cooper, etc.) et vous vous trouvez depuis six mois dans l’Astoria, le studio flottant de David Gilmour, sur la Tamise. Un comptable de la maison de disques arrive et nous dit: « Euh, les gars, il n’est pas un peu plus cher que le précédent album celui-ci ? -Ah bon? On est à combien ? – On approche les 750 000 livres sterling (900 000 euros)!!! ». Alors bien sûr, quand on a son studio, on a le temps que tout soit parfait, mais aussi le temps de se perdre. A la fois, on gagne le temps de laisser la magie opérer et à la fois on perd l’impulsion simple et directe que l’on a quand on voit une lumière rouge s’allumer.

En tant que producteur de l’album, quelles ont été les lignes directrices de votre travail ?
Je voulais que l’on perde la conscience que l’on était en train de faire un album et la pression qui va avec. Cet album a également été un très bon prétexte pour utiliser tous les vieux instruments que l’on ramène de voyages. Mais il n’y a pas eu grand chose à faire, l’album s’est produit tout seul, notamment en poursuivant l’inspiration de « Peter Pan RIP », cette ambiance d’enterrement et de féérie. J’avais une ligne de violoncelle en tête, des accords, un rythme, et puis, avec Crispian, on s’est rendus compte qu’en enlevant les pistes de batterie, la chanson prenait une dimension beaucoup plus intéressante.

Vous avez écouté des albums en particulier durant l’enregistrement ?
Non, pas tellement. C’est le cas de beaucoup de musiciens: quand vous enregistrez vos chansons, vous êtes tellement impliqués que vous n’écoutez pas trop d’autres choses. Mais j’ai toujours adoré la période du renouveau folk des années 1960, les musiques celtiques et gaéliques et puis, évidemment ce qu’on appelle le classic-rock.

Comment le groupe a-t-il préparé ce premier concert ? Vous avez eu assez de temps pour répéter ?
Bien sûr, je suis un peu inquiet, mais c’est plus du trac. Cela prend toujours un peu de temps pour se remettre en place, comme une voiture que l’on laisserait au garage pendant des années, il faut la remettre en forme. Hier, on a répété douze heures presque sans interruption. Mais les tournées, c’est fait pour ça, pour peaufiner le son des nouveaux morceaux sur scène.

Dans quel état d’esprit arrivez-vous à ce concert ? Vous cherchez plutôt à reproduire sur scène les chansons telles qu’elles sonnent sur l’album ou bien vous voulez leur donner une nouvelle dimension ?
En concert, les chansons prennent leur indépendance, elles se présentent à vous sous un angle différent. Nous n’allons pas tourner avec une section de violoncelles, il va donc bien falloir qu’on trouve des solutions, plus immédiates, plus énergiques. Il est possible que notre batteur refuse de jouer doucement! (rires)

Quelles sont les trois choses que vous adorez en Grande-Bretagne ?
Il faut que j’essaie d’être positif. Le caractère de cette ville et l’humour de ses habitants. Londres est également un endroit formidable pour être créatif: dans les écoles, les communes, il y a beaucoup d’initiatives pour que des talents voient le jour. Et puis une troisième chose… ? Le thé. C’est dans ce pays qu’on trouve certains des meilleurs thés du monde.

Vous vous considérez toujours comme un Londonien ?
Même si j’ai grandi à Londres, mes parents sont gallois. Et mon père m’a inculqué assez jeune un certain rejet de l’étroitesse d’esprit de la classe moyenne britannique. J’ai passé de très bons moments dans cette ville, mais, à l’inverse de beaucoup de londoniens, qui vont à la campagne en disant « c’est un bel endroit à visiter mais je n’y vivrais pas », quand je viens à Londres, je trouve que c’est un bel endroit à visiter mais je ne pourrais plus y vivre.

Quelles sont les trois choses que vous adorez en Belgique ?
La tranquillité du pays. Le fait que les gens qui ne se connaissent pas se saluent dans la rue. Et il y a une superbe excentricité… Comme ces tout petits musées improbables à propos de n’importe quoi, à Bruxelles, il y a un musée de la marionnette qui fait bar en même temps… J’adore cet esprit.

Propos recueillis par Victor Alexandre (via@rtbf.be)

Liens: London Calling, Un thé au soleil et un concert avec Kula Shaker.

London Calling #42

Ce qu’écoutent les voitures britanniques sur l’autoroute des vacances

Que vous vous apprêtiez à traverser la Belgique ou la France cet été, vous avez de fortes chances d’avoir une double frayeur: non seulement vous allez avoir l’impression que c’est un labrador qui conduit l’automobile que vous doublez, mais ensuite, vous apercevant que l’engin est britannique, vous allez sans doute entendre par la fenêtre des morceaux inconnus de vous jusqu’alors. Je vous y prépare.

Le site internet du quotidien The Guardian  propose chaque semaine à ses lecteurs de participer à l’élaboration d’une liste de chansons sur un thème particulier. Quand le thème des vacances a été avancé, plus de 700 internautes ont mis la main au clavier et aux écouteurs. Bien sûr, les lecteurs n’envoient pas uniquement des morceaux britanniques, mais avant tout ceux qui leur semblent les plus représentatifs et/ou originaux sur ce thème. Voici donc les morceaux sélectionnés par le journaliste parmi les réponses envoyées.

Canned Heat – Going Up The Country

Pavement – No Tan Lines

Earth, Wind and Fire – Getaway

Lindsey Buckingham – Holiday Road

Martha and the Muffins – Echo Beach

Fiddler’s Dram – Day Trip to Bangor

Squeeze – Pulling Mussels (From the Shell)

Belle and Sebastian – Piazza, New York Catcher

Connie Francis – Vacation

Clap Your Hands Say Yeah – Yankee Go Home

En parcourant les propositions des internautes britanniques, on tombe sur des morceaux souvent assez amusants. Depuis « Holiday in Cambodia » par les Dead Kennedys jusqu’au « Holiday In Waikiki » par les Kinks, les idées sont souvent très différentes les unes des autres.

Et vous ? Quelle est votre chanson qui représente le plus vos vacances d’été ?

A la semaine prochaine,

Victor Alexandre
via@rtbf.be

London Calling #41

Quelques découvertes inattendues venues de l’autre côté de la Manche

A Londres, chaque semaine amène son lot d’annonces tonitruantes, de concerts électrisés et de déclarations fracassantes. Et, assez régulièrement, les archivistes de grands médias se plongent dans leurs dossiers pour en ressortir des petites perles oubliées. C’est cadeau !

Le site internet du Guardian a publié cette semaine une vidéo assez incroyable. Il s’agit d’un montage vidéo qui accompagne un titre musical créé au milieu des années 1970 par le groupe américain The Residents.

Beyond The Valley of A Day In A Life, The Residents:

Quand on connaît et apprécie les Beatles, ce titre possède un côté ludique impressionnant. Il s’agit presque d’un jeu avec l’auditeur: amusez-vous à reconnaître chaque extrait.
Toute la démarche du groupe sur ce morceau est une interrogation sur ce qui aurait été entendu si les ingénieurs du son avaient laissé les bandes d’enregistrement tourner à la fin de la session « A Day in A Life ». « Beyond The Valley of A Day In A Life », qui n’a été pressé qu’à 500 exemplaires, est considéré par le journaliste du Guardian comme l’un des premiers « bootlegs » des Beatles. A vous de vous faire votre opinion et, si elle est positive, vous pouvez jeter une oreille déjantée au reste de la discographie des Residents, comme par exemple, cette étonnante reprise de « Satisfaction » des Rolling Stones. Petite précision, je vous déconseille l’écoute si vous êtes de la branche traditionaliste des Stones…

Satisfaction, The Residents:

Tout à fait autre chose, je n’avais pas encore eu l’occasion de vous parler du palmarès de la « Mojo Honour List », qui est connu depuis quelques jours déjà. Il est souvent intéressant de connaître les artistes qui sont récompensés ailleurs car cela permet de voir quels sont les genres musicaux qui fonctionnent chez eux et quels sont ceux qui ne fonctionnent pas chez nous. Je m’explique. Figurez-vous que cette liste d’honneurs attribués par l’un des plus grands magazines de rock en Grande-Bretagne comporte une rubrique « Lifetime Achievement Award (trophée récompensant le travail de toute une vie) » et qu’il a été attribué cette année à… Jean-Michel Jarre.
Je sais, vous allez me répondre triomphant « Oui, mais ce n »est pas très étonnant, l’année précédente, ils avaient désigné Yoko Ono pour cette même récompense ». Vous avez raison, mais en 2008, c’est le groupe Genesis qui avait reçu cette distinction, en 2007, les Stooges, et en 2006 David Gilmour. On a changé de registre tout de même, c’est donc que Jean-Michel Jarre a eu une influence réellement importante sur la musique anglo-saxonne. On peut même lire: « L’héritage de Jean-Michel Jarre est incontestable et, malgré son goût pour le grand public, il réussit aussi à créer des albums qui possèdent une intégrité essentielle ».
Autre surprise (pour moi en tous cas), la présence sur cette liste du groupe Teardrop Explodes, qui fut actif à la fin des années 1970 et au début des années 1980 avec un post-punk étonnamment moins célèbre que celui d’XTC, des Cure ou des Stranglers. Ils se sont vus décerner le « Inspiration award » récompensant les groupes dont l’influence a été majeure. Avant eux, les Clash, les Buzzcocks, Gang of Four, Björk ou John Fogerty avaient reçu cette distinction.
The Teardrop Explodes avait atteint la sixième place des charts britanniques avec le titre « Reward ».

Reward, The Teardrop Explodes:

Voici le palmarès principal de cette année:

The MOJO Breakthrough Act (le trophée du meilleur espoir): The Low Anthem
The MOJO Vision Award (le trophée du visionnaire): Oil City Confidential
The MOJO Medal (la médaille d’honneur) Daniel Miller, du groupe Mute.
The MOJO Maverick Award (le trophée du rebelle): Hawkwind
The MOJO Best Live Act (le trophée du meilleur groupe sur scène): Midlake
The MOJO Compilation Of The Year (la meilleure compilation de l’année): Amorphous Androgynous
The MOJO Merit Award (la médaille du mérite): Devo
The MOJO Classic Album Award (le trophée de l’album devenu classique): The Stone Roses
The MOJO Catalogue Release Of The Year (la meilleure réédition): The Beatles Remastered
The MOJO Roots Award (le trophée de l’artiste le plus authentique): Kate & Anna McGarrigle
The MOJO Hero Award (le trophée du héros): Marc Almond
The MOJO Classic Songwriter Award (le meilleur compositeur): Roy Wood
The MOJO Best Album (le meilleur album): Truelove’s Gutter
The MOJO Les Paul Award (le trophée Les Paul): Richard Thompson
The MOJO Inspiration Award: The Teardrop Explodes
The MOJO Lifetime Achievement Award (trophée récompensant le travail de toute une vie): Jean-Michel Jarre
The MOJO Song Of The Year Award (la meilleure chanson de l’année): Kasabian – Fire

A vous de vous plonger dans ce palmarès et d’essayer de (re)découvrir les groupes que vous ne connaissez pas (ou plus) !

A la semaine prochaine,
Victor Alexandre
via@rtbf.be

London Calling #40

Et si 2010 était « The Summer of Nostalgia »?

La Grande-Bretagne voit défiler les festivals qui misent avant tout sur la nostalgie d’un « bon vieux temps » dont on ne distingue pas bien les frontières. Et si 2010 était « The Summer of Nostalgia »?

Il y eut d’abord samedi le concert en hommage à Kate McGarrigle au Royal Festival Hall, organisé dans le cadre du Meltdown Festival. L’Europe continentale connaît peu cette chanteuse canadienne, décédée en janvier dernier. Elle est pourtant considérée comme « la grande sœur de la folk ». En duo avec sa soeur Anna, elle a publié dix albums et a laissé une empreinte indélébile dans le paysage de la folk nord-américaine. C’est avec Anna qu’elle a composé le titre « Heart Like A Wheel », plus tard repris et popularisé par Linda Rondstadt.

Heart Like A Wheel, Anna & Kate McGarrigle:

Je vous en avais parlé il y a quelques mois, le Meltdown Festival s’est placé cette année sous la houlette du génial Richard Thompson, qui fut guitariste de Fairport Convention et donc extrêmement influencé par la folk nord-américaine. Ceci explique donc en partie l’intérêt du public britannique pour l’œuvre de cette auteure-compositrice et interprète. Une autre partie de cet intérêt vient du fait que Kate McGarrigle a été une source d’inspiration majeure pour … ses enfants, Rufus et Martha Wainwright, dont les noms vous sont sans doute un peu plus familiers.

Cigarettes and Chocolate Milk, Rufus Wainwright:

You Cheated Me, Martha Wainwright:

Tous les deux étaient évidemment présents, aux côtés de Richard et Linda Thompson, Emmylou Harris et la troisième soeur, Jane McGarrigle, pour rendre hommage à leur maman.

Kiss and Say Goodbye, extrait du concert au Royal Albert Hall:

Un autre concert s’est révélé être un des grands moments de l’été des festivals: celui de Paul McCartney sur l’île de Wight. Pourtant habituée au talent et aux représentations souvent excellentes de Sir Paul, la presse anglaise ne tarit pas d’éloge sur la prestation du bassiste des Beatles.

Live and Let Die / Helter Skelter, Paul McCartney:

Pour le Guardian, le sexagénaire a été bien meilleur que Pink et Florence & The Machine, tandis que Jay-Z , les Strokes et Marina & The Diamonds présentaient un concert plus que correct. Il n’empêche. Personne ne semble tenir la comparaison avec McCartney. Quand il arrive pour clôturer le week-end du festival, ce sont les 170 personnes de son équipe qui investissent les lieux. Autant dire , avec tout le respect que l’on doit à un tel géant, qu’il n’y avait peut-être qu’au concours de la plus belle teinture que le bassiste avait quelque chose à craindre des artistes qui l’avaient précédé sur scène.

Liens:
La set-list du concert est disponible ici.

Pour les photos du concert:
http://www.paulmccartney.com/news.php#/1970/2010-06

A la semaine prochaine !
Victor
Victor Alexandre
via@rtbf.be