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London Calling #34

Quand le rock croise la politique…

Le Royaume-Uni s’apprête à voter. Après treize années de gouvernement Travailliste, un mois de campagne électorale et le retour probable des Conservateurs au 10 Downing Street, le moment est venu de jeter un oeil sur les grandes chansons qui ont marqué les relations entre la pop, le rock et la politique en Angleterre.

La « protest-song » telle qu’on la connaît aujourd’hui a pris de l’ampleur aux Etats-Unis et c’est avec ces codes qu’elle s’est imposée comme un genre à part. En 1965, Donovan emboîte le pas de l’anti-militarisme à Bob Dylan avec Universal Soldier.

Donovan, Universal Soldier:

Les Beatles, après avoir réussi à s’imposer à l’échelle planétaire, choisissent de placer sur leurs albums quelques messages politiques, comme le « Taxman » de George Harrison sur Revolver ou le « Revolution » de John Lennon, sur le double blanc.

The Beatles, Revolution:

La guerre du Vietnam donne du grain à moudre à toute une génération parmi laquelle on peut recenser les Rolling Stones et le « Gimme Shelter » de l’album « Let It Bleed ».

The Rolling Stones, Gimme Shelter:

La guerre du Vietnam marque également Black Sabbath qui propulse son « War Pigs » et l’album Paranoid dans les radios et les charts du monde entier.

Black Sabbath, War Pigs:

Si l’on pourrait multiplier au centuple les exemples de chansons s’opposant à la guerre du Vietnam, il est d’autres sujets, plus spécifiques à la Grande-Bretagne, qu’il est intéressant de relever ici. Les années 1970 marquent notamment l’opposition entre les punks et le reste de la scène musicale anglaise, perplexe face au phénomène. A ma gauche, le « Anarchy in the UK » des Sex Pistols:

The Sex Pistols, Anarchy in the UK:

A ma droite, le « A Bomb in Wardour Street » de The Jam où Paul Weller critique vertement la médiocrité musicale qui envahit le Soho de l’époque:

The Jam, A Bomb in Wardour Street:

Les années 1980 sont le règne de Margaret Thatcher. Beaucoup d’artistes s’adressent directement à la Dame de fer, tels Elvis Costello dans « Tramp The Dirt Down » souhaitant vivre assez longtemps pour danser sur la tombe de Thatcher, ou Sinead O’Connor, avec le superbe « Black Boys on Mopeds », qui explique qu’elle préfère quitter l’Angleterre pour que son fils n’assiste pas à ce qui s’y passe.

Sinead O’Connor, Black Boys on Mopeds:

Rassurés par la fin du règne de Margaret Thatcher et l’arrivée par la suite de Tony Blair au pouvoir, les auteurs-compositeurs ne s’attardent moins, au cours des années 1990, sur les sujets politiques. Quelques jours après l’élection de Tony Blair, Jarvis Cocker dépeint le monde merveilleux du New Labour dans l’hilarant « Cocaine Socialist ».

Pulp, Cocaine Socialist:

Le soutien de Tony Blair à la politique étrangère de George W. Bush ne lui confère pas un soutien sans faille de la communauté artistique, c’est le moins que l’on puisse dire. Au cours des années 2000, George Michael met les pieds dans le plat en lui assignant ni plus ni moins que le rôle du chien du président américain dans un clip assassin.

George Michael, Shoot The Dog:

Ian Brown, l’ancien leader des Stone Roses, s’associe avec Sinead O’Connor pour « Illegal Attacks », un titre là encore virulent contre les engagements extérieurs du Royaume-Uni de Tony Blair.

Ian Brown (feat. Sinead O’Connor), Illegal Attacks:

A la semaine prochaine !

Victor

via@rtbf.be

London Calling 31e épisode

Des jeunes groupes bizarres, des jeunes groupes matures et des idoles…

Dans le monde de la musique, il y a toutes sortes de groupes: les trop bizarres pour être vrais et ceux qu’on a l’impression d’avoir toujours connu, les groupes qu’on croyait trop bons pour se séparer et ceux trop célèbres pour qu’on arrête d’en parler.

Dans la première catégorie de groupes, celle des trop bizarres pour être vrais, on peut faire rentrer sans trop de soucis le groupe MP4. Leur nom ne vient pas d’un format de compression de leur son: 4 pour quartette et MP pour… Member of Parliament, c’est-à-dire députés! MP4 revendique le fait d’être le seul groupe de rock au monde constitué exclusivement de parlementaires. Mais attention, pas des groupes de caves ou de cocktails, non, non. MP4 peut s’enorgueillir d’être le seul groupe de rock à avoir joué dans la Chambre des Communes, à Westminster. Le nouvel album, intitulé Cross Party, est sorti en mars dernier et fonctionne plutôt bien. Kevin Brennan, du parti Travailliste, est à la guitare et au chant, Ian Cawsey, également Travailliste est à la basse, Greg Knight du parti Conservateur est à la batterie et Pete Wishart, qui provient du Scottish National Party, indépendantiste, est aux claviers. Ce dernier est, tout de même un ancien de Big Country et de Runrig, qui ne sont pas indispensables si l’on n’est pas fan de cornemuse, mais tout de même, quand un groupe effectue quelques premières parties de U2 et de nombreuses apparitions dans le Top 10 britannique, c’est qu’il n’est pas insignifiant.

Si on leur demande si ils n’ont rien d’autre à faire pendant leur temps libre, ils répondent que tous les fonds sont directement reversés à des organisations caritatives, notamment en faveur des soldats et de leurs familles. Pour ceux qui sont intéressés, ils ont réalisé un petit documentaire sur la création de leur album, tout impressionnés qu’ils étaient de se trouver dans le même studio que Pink Floyd, le Britannia Row Studio.

MP4, le documentaire.

Dans les groupes tellement bons que l’on a l’impression de les avoir toujours connu, je voudrais vous citer quelques noms qui sont particulièrement en vogue en ce moment en Angleterre. Le groupe MGMT, par exemple, sort cette semaine un nouvel album que les critiques s’empressent de définir comme très risqué, moins consensuel que le premier, qui avait révélé le groupe il n’y a pas si longtemps. Moins de tubes peut-être, mais un album beaucoup plus abouti et plus cohérent, selon moi. A vous de vous faire votre opinion, il est en écoute sur leur site.

Je pourrais aussi vous citer Mumford & Sons qui passent à Lille le 20 avril et à Bruxelles le 27 avril. Ils viennent du sud de Londres et sont en train de conquérir l’Europe et bien plus loin encore avec une folk-pop qui, si elle n’a rien d’incroyablement original, reste tout aussi efficace et agréable que celle que l’on pouvait entendre il y a 30 ou 40 ans.

Mumford & Sons, Little Lion Man:

La principale actualité musicale de cette semaine restera sans doute la séparation de Supergrass, après 17 ans d’une carrière commencée superbement avec Caught By The Fuzz. Selon le communiqué diffusé le mardi 13 avril, les musiciens ont besoin de continuer à avancer, se séparent en bons termes et remercient tous ceux qui les ont soutenus. Cela nous donne une bien mauvaise raison de procéder à un tour d’horizon loin d’être exhaustif de l’excellente musique produite par Gaz Coombes et ses acolytes. En 1995, il y eût Lenny et en 97, Richard III. En 99, Supergrass publia Pumping On Your Stereo et Moving. En 2002, Grace, en 2005, St. Petersburg, extrait du superbe album Road To Rouen et Bad Blood en 2008.

Un nouvel album devait voir le jour en 2010, avait été reporté au début de l’année 2011. Comme je vous en parlais il y a quelques mois ici-même , les Hot Rats (qui sont devenus entre temps les Hotrats) a pris une place de plus en plus importante dans les agendas du guitariste Gaz Coombes et du batteur Danny Goffey. Que les fans ultimes se rassurent, Supergrass donnera une série de concerts d’adieux qui s’achèvera le 11 juin 2010 à Paris. Et comme dans les cas de Blur et de Suede, il est probable qu’il faille ensuite attendre une petite dizaine d’années avant qu’ils ne se décident à accepter contre un bon chèque une tournée de reformation.

Et enfin, il y a les groupes quasi-divins, dont on parle encore quarante ans après leur dernier album. Ceux-là sont des refuges formidables en temps de crise. Ce n’est pas le Pape Benoît XVI qui nous contredira: selon le Guardian, l’Osservatore Romano, le journal officiel du Vatican, vient de publier un article mettant en avant la grande qualité de la musique des Beatles. Le Vatican avait déjà pardonné John Lennon pour sa phrase sur la popularité de son groupe comparée à celle de Jésus-Christ, mais le Saint-Siège tient à reconnaître, cette fois-ci, la qualité musicale du groupe, posant notamment une question pour le moins saugrenu venant de Benoît XVI: «A quoi ressemblerait la pop music si les Beatles n’avait pas existé ?». Ce à quoi on serait assez tenté de répondre: «A quoi ressemblerait le monde si John Lennon avait été pape ?», mais c’est un autre débat.

A la semaine prochaine !

Victor
via@rtbf.be